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Mur Mur

  • il y a 2 jours
  • 23 min de lecture

Cette histoire commence en pleine nuit, quelque part à la fin du XIXe siècle, dans une vieille maison de pierre, perdue au milieu d'une forêt.

Un homme est debout dans le couloir du rez-de-chaussée. Il est pieds nus, en chemise de lin. Il tient une lampe à huile à la main. Devant lui, au bout du couloir, il y a un mur de briques, presque neuves, mais qui tient avec un mortier si mal fait qu'on devine, rien qu'à le regarder, qu'il a été fait à la va-vite.


L'homme ne bouge pas. Il écoute.

C'est alors qu'une voix se fait entendre derrière les briques. Elle est étouffée et lointaine.

— Aide-moi. Je suis en bas. Elle m'a enfermé.

L'homme croit encore rêver. Alors le père de famille avance d'un pas. Il pose sur les briques sa main libre, celle à laquelle il ne reste que trois doigts, et il colle son oreille contre la paroi.

...

...

La voix de sa femme, derrière lui, le fait sursauter :

— Henri ? Que fais-tu ?

Puis la voix derrière le mur lui chuchote à l'oreille :

— Débarrasse-toi d'elle !



Pour comprendre ce qu'Henri faisait, en pleine nuit, à parler à un mur de briques, il faut revenir quelques semaines en arrière. Au jour où il a entendu parler de cette maison pour la première fois.


L'histoire est créée initialement spécifiquement pour l'audio. Vous pouvez l'écouter ici :



PARTIE 1


Vous l’aurez compris, l'homme s'appelle Henri.

Il a trente-quatre ans, il est marié et père d'un petit garçon. Et il vit dans un quartier ouvrier du nord de la France, dans deux pièces d'un vieux logement qui sent l’humidité et le renfermé. Cela fait huit ans qu'il y est installé avec sa femme. Cela fait huit ans, aussi, qu'il se dit qu'il en partira bientôt.

Pendant douze ans, Henri a travaillé dans une fabrique de papier.

Du matin au soir, il alimentait des machines à rouleaux qui pressaient les feuilles encore humides.


Et puis un matin, sa main droite s'est prise dans une de ces rouleuses.

Il a perdu deux doigts et l'usage du poignet.

À une époque où la quasi-totalité des métiers sont manuels, vous imaginez bien qu'embaucher un homme estropié de la main droite n'est pas une affaire évidente. Henri a essayé les chantiers, les fermes des environs et les manutentions au marché. On le prend deux jours, parfois trois. Mais personne ne le garde bien plus longtemps. La fabrique de papier lui a versé quelques mois ce qu'elle lui devait, puis elle a tourné la page.

Henri n’ose plus regarder sa femme dans les yeux. Il reste assis, sa main estropiée cachée dans sa poche, pendant qu'elle compte les sous sur la table. Car c'est sa femme qui fait vivre la famille depuis l'accident. Ou plutôt... survivre.

Elle s'appelle Marguerite. Elle a deux ans de moins que lui, et comme des milliers de femmes de l’époque, elle passe ses journées à laver le linge des bourgeois du quartier d'à côté. À genoux dans une bassine, dehors, parfois dans le froid, parfois sous la pluie. Pour quelques sous. Marguerite ne se plaint pas. Elle rentre le soir avec les doigts crevassés, et ce qu'elle ramène, c'est ce qui les tient debout.

Ils ont un fils. Il a huit ans à peine.

C'est ce qu’on peut appeler un petit gabarit pour son âge. Depuis l’hiver dernier, il a une forte toux qui ne le quitte plus depuis des mois. Le médecin du dispensaire est passé deux fois. La première, il a parlé d'inflammation. La deuxième, il a dit qu'il fallait sortir le petit d'ici, et au plus vite. Que l'air des fabriques, des cours intérieures et de la crasse, à la longue, ça peut finir par tuer les enfants fragiles. Le petit a donc besoin d’air. Le problème, c’est que les endroits où l’air est meilleur sont rarement ceux qu’on laisse aux pauvres.

Le propriétaire est passé deux fois ce mois-ci. La deuxième fois, il a dit que c'était la dernière.


Et c'est dans cette situation, un matin de novembre, qu'un voisin lui dit qu'il a vu une affiche.

Une vente aux enchères publique, annoncée par le notaire d'une petite ville à deux jours de route, là-bas, dans la montagne. Il y aurait toutes sorte de biens mais surtout une maison à acheter. “Une succession en déshérence” lui a-t-il dit. Concrètement : pas d'héritier, ni de famille pour la reprendre. L'État la revend pour récupérer les droits.

— À ce qu'on m'a dit, lui dit le voisin, c'est tellement isolé que personne n'en veut. Tu peux peut-être l'avoir pour rien.

Henri le remercie. Il rentre. Et il en parle le soir à Marguerite. Elle ne répond pas tout de suite mais finit par acquiescer en jetant un œil vers son fils qui tousse.

Le lendemain, Henri vend les deux derniers objets qu'il pouvait encore vendre : la montre de son père, et un manteau d'hiver qui ne lui sert plus. Puis ils prennent leurs dispositions pour le voyage. Avec plus d’espoir que de vêtements dans les valises.


Ils partent tous les trois.

Ils n'ont pas les moyens de faire deux voyages. Alors ils emportent tout. La malle, deux paillasses roulées, leurs vêtements, les casseroles, une caisse de pommes de terre, du bois sec, et le peu d'argent qu'il leur reste, cousu à l'intérieur du corset de Marguerite. Si Henri remporte l'enchère, ils enchaîneront directement avec l'installation. Sinon... Ils ne préfèrent pas y penser.


La vente a lieu dans la salle du conseil d'une petite mairie de village, deux jours plus tard. Une vingtaine de personnes sont présentes, mais la plupart sont là pour les lots qui passeront après : un atelier de menuiserie, des parts de bois sur pied et une ferme. La maison, elle, est annoncée en deuxième position.



Henri et Marguerite s'asseyent au fond. Le petit somnole sur les genoux de sa mère.

Le notaire est un homme âgé, en costume noir. Il monte sur une petite estrade, déplie ses papiers, ajuste ses lunettes, et il commence.

— Lot numéro deux. La propriété dite " Les Basses-Ronces ", composée d'une maison d'habitation en pierre, d'une dépendance, d'un puits, et d'un terrain de soixante-douze ares, sise sur la commune voisine. Mise à prix... 100 francs.

Henri se tourne vers Marguerite. Il vérifie qu'il a bien entendu. C’est à peine quatre mois de loyer de leur taudis.

— Mesdames, Messieurs, j'attends vos offres.

Personne ne bouge ou ne lève la main.

Et c'est à ce moment-là que Marguerite, sans tourner la tête, entend autour d'eux des chuchotements très peu discret. Marguerite tend l'oreille sans le montrer.

— C'est la maison de la folle qu'ils remettent là...

— Je préférerais brûler mes économies plutôt que d'y mettre un sou.

Et un peu plus loin, elle un homme à un autre :

— Qui sont ces gens, au fond ? Ils ne sont pas d'ici, eux.

Et puis, plus distinctement encore, une vieille voix :

— Une maison de sorcière, je vous dis. On n'entre pas là-dedans.

Marguerite serre le petit un peu plus fort contre elle. Henri, à côté d'elle, n'a rien entendu. Il fixe le notaire.

Le notaire, lui, attend. Il connaît la salle. Il connaît la maison. Et il sait donc pertinemment qu'il ne se passera rien. Il finit par regarder dans la direction d'Henri qui lève timidement la main.

— Monsieur, au fond. Souhaitez-vous porter une offre à la mise à prix ?

— Oui, Maître.

Quelques têtes se tournent. Les chuchotements montent d'un cran. Le notaire attend encore un instant, par principe.

— Mise à prix une fois... Mise à prix deux fois... Mise à prix trois fois. Adjugé à Monsieur, au fond de la salle.

Il frappe d'un coup de marteau sur le bois de l'estrade. Un silence total s'en suit.

Marguerite sent le regard de la salle sur eux. Quasiment tout le monde les regarde. Mais elle ne dit rien. Henri se lève pour aller signer les actes.

Quand il revient à leur banc, le sourire aux lèvre, le notaire l'accompagne. Il tend à Henri une enveloppe et une grande clé en fer rouillée.

— Vous trouverez tout dans l'enveloppe. L'acte, le plan, les indications pour s'y rendre. La maison est à vous, Monsieur. Bonne chance.

Il marque un temps avant d'ajouter :

— Et ne prêtez pas attention à ce qu'on raconte. Les gens d'ici n'aiment pas ce qui se passe à l'écart. Je connaissais les anciens propriétaires. C’étaient des gens bien.

Il salue Marguerite d'un signe de tête, et il retourne à l'estrade. Le lot suivant commence.

Henri serre la clé dans sa main valide. Il regarde Marguerite. Marguerite regarde le notaire qui s'éloigne. Et puis elle baisse les yeux sur le petit qui dort sur son épaule.

— On y va ? murmure Henri.

— On y va.


Ils louent une charrette à un fermier de la commune. Le fermier leur fait un prix. Mais quand il apprend où ils montent, il les regarde bizarrement. Il finit par leur dire qu'il les emmène jusqu'au pied du sentier, et pas plus loin.

— La carriole ne passera pas, là-haut. Et moi, j'aime autant rester ici.

Henri n'insiste pas. Il paye, charge ce qu'il peut, et ils prennent le chemin.


Plus ils montent, plus les arbres se referment au-dessus d'eux. La lumière devient grise, même en plein milieu de la journée. Le petit est assis à l'avant, entre ses parents. Il regarde autour de lui sans rien dire. Sa mère lui a mis un châle sur les épaules.

Au bout d'un long moment, entre les troncs, ils finissent par voir ce qui ressemble à une maison.

Elle est plus grande que ce qu'Henri imaginait. Elle a des murs de pierre, du lierre jusqu'aux fenêtres du premier, et des volets fermés dont la peinture s'écaille en plaques. Le toit est affaissé sur la droite. Une gouttière pend dans le vide. Le portail tient encore, mais de travers. Il l'ouvre avec la clé donné par le notaire.

Quand Henri pousse la porte de la maison, une odeur sort de l'intérieur. Du bois humide, de la poussière, mais rien à voir avec l’odeur de crasse de leur ancien chez eux.

Marguerite entre la première. Elle pose ses affaires sur la grande table de la pièce principale. Henri va ouvrir un volet, puis un deuxième. La lumière entre.

C'est une grande pièce. Une table, des chaises, un fauteuil et une cheminée massive. Tout est encore là. Mais pas seulement les meubles : les casseroles sont accrochées au-dessus de l'évier, une nappe est pliée sur le dossier d'une chaise et un livre repose sur une étagère, fermé sur lui-même.

On aurait pu croire qu’elle était encore habitée hier.

Marguerite passe la main sur la table.

— Il y a moins de poussière qu'on ne croit.

— Quelqu'un est passé.

— Probablement le notaire.

Le petit n'a pas bougé de l’entrée. Il regarde d’abord l'intérieur sans entrer. Puis quelque chose attire son regard, à droite de l'entrée.

Un grand morceau de tissu sombre, accroché au mur. Il y en a un autre, plus petit, au fond du couloir. Ils sont accrochés directement au mur. Il comprend en regardant celui près de l’escalier, qui n’a pas recouvert d’un drap, qu’il s’agit de miroirs.

Henri continue d'ouvrir les volets un par un. Le petit, lui, finit par avancer dans le couloir. Et il s'arrête au fond.

Marguerite arrive derrière lui. Puis Henri les rejoint.

Au bout du couloir, à l'endroit où on s'attendrait à trouver une porte ou une réserve, il y a un mur. Un mur de briques, plus clair que tout le reste, qui semble plus récent. Le mortier déborde par endroits entre les joints, en bourrelets assez maladroits qui ont blanchi en séchant. On dirait que quelqu'un l'a monté à la va-vite, sans matériel et... sûrement sans expérience.



Henri tape doucement avec le tranchant de la main.


TOC TOC


Le bruit est creux.

— C'est la cave. Le notaire m'avait dit qu'elle prenait l'eau, et qu'ils l'avaient murée.

Marguerite pose la main à plat sur les briques, sans réfléchir. La pierre, tout autour, est froide, un petit courant d’air s’en échappe.

Elle retire sa main. Elle part aider Henri à décharger la charrette.


Ils passent l'après-midi à installer le peu qu’ils ont. Marguerite balaie, secoue les draps et sort les paillasses sur une fenêtre pour les aérer. Henri vérifie la cheminée, repère où le toit goutte et va couper du bois mort pour fabriquer un volet de fortune pour la fenêtre brisée à l’étage. Le petit aide comme il peut, et porte des choses qui ne sont pas trop lourdes.


Le soir, ils mangent devant la cheminée. Le petit est si fatigué qu’il s'endort presque la tête dans son bol. Marguerite le monte se coucher dans la petite chambre du premier, à droite de la leur, puis elle redescend rejoindre son mari.

Henri reste encore un moment devant le feu.

— On a bien fait, dit-il enfin.

Sa femme ne répond pas tout de suite.

— J’espère. Je me lèverai tôt demain afin d’aller travailler. Descendre de cette colline risque de prendre un peu de temps.

Il regarde autour de lui, la grande pièce, les meubles, les murs, et cette cheminée qui chauffe enfin.

— Dès demain, je m’attellerai à la construction d’une charrette. Et lorsqu’on le pourra, nous achèterons un cheval. Après ça, je ferai mon possible pour vendre du bois en ville.

Elle hoche la tête.


Ils finissent par monter. Henri aussi s'endort vite, vidé par la route et par tout ce qu'il a fallu porter dans la journée. Marguerite, elle, met du temps.

Cette maison fait du bruit. Le bois craque, le vent siffle entre les fenêtres et un volet tape quelque part en bas.

Elle finit par fermer les yeux. Et elle s'endort.

Très loin sous le plancher, un grattement bref résonne au rez de chaussée.



PARTIE 2


Les premiers jours se ressemblent.

Marguerite part avant le lever du jour pour aller travailler. Il lui faut presque deux heures pour descendre jusqu'au bourg, et autant pour remonter le soir. Elle a fini par trouver deux maisons bourgeoises qui lui confient leur linge, ce qui n'est pas grand-chose, mais c'est mieux que rien.

Henri, lui, reste à la maison. Il s'occupe du petit, il coupe du bois, il bouche les trous des volets, et il commence à fabriquer, planche après planche, une petite charrette à bras pour pouvoir descendre du bois en ville quand il en aura assez.

Le petit va mieux. Sa toux s'espace. Au bout d'une semaine, il y a même des matins où il ne tousse plus du tout. Henri n'a jamais autant dormi depuis l'accident. Et Marguerite, le soir, en arrivant trempée devant le feu, dit chaque fois la même chose : que ça valait peut-être le coup, finalement, de monter ici. Ils étaient bien loin de s’imaginer ce qui les attendait à ce moment-là.

Pour les premiers temps, c'est presque tout ce qu'il leur fallait.

Jusqu’à cette nuit.


Henri dort profondément. Quand dans son sommeil, il entend un chuchotement…

Quelqu'un qui parle, quelque part.

Une phrase, qu'il n'arrive pas à reconstituer. C’est un une voix d'homme. Étouffée et lointaine.

...

— Elle m'a enfermé !

Il ouvre les yeux d'un coup, le souffle court, et se redresse.

La chambre est totalement noire et la maison est silencieuse. Il reste un long moment immobile, à fixer le plafond. Marguerite, qu’il vient de réveiller, le regarde à côté de lui

— Tout va bien ?

— Tu as entendu ? répond l'homme

— Quoi dont ?

— Mmmh, rien ça devait être un cauchemar, excuse-moi.

Il se recouche sur le côté, et se rendort.


Au matin, c'est Marguerite qui le réveille en se levant. Il descend après elle, encore mal réveillé. Elle lui sert un café.

— Tu as une tête ! dit-elle.

Henri se passe la main sur la nuque.

— J'ai cru entendre des choses cette nuit. Un espèce de grattement a fini par me réveillé. Ça devait être des bêtes sans doute.

— Tu l'as vue cette bête ?

— Le temps que je tourne la tête, non. Mais ça m'a réveillé.

Marguerite fronce les sourcils.

— C'est curieux qu'il y en ait jusqu'à l'étage. D'habitude ces bestioles-là, ça reste où c'est sombre et humide.

— Je sais.

Le petit, qui est en train d'attaquer son pain à l'autre bout de la table, lève les yeux.

— Moi j'en entends souvent dans le mur, le soir.

— Tu en entends ?

— Oui, Ça gratte. Et la fenêtre cassée laisse tellement passé le vent que j’ai l’impression qu’on respire à côté de moi.

Marguerite repose la cafetière.

Elle répond qu’Henri devrait essayer de trouver d’où ils viennent et d’y mettre du poison. Et qu’il devrait aussi essayer de réparer un peu mieux la fenêtre.

Henri acquiesce. Il boit son café.

Le petit, lui, mâche son pain en regardant son père.


Cette journée-là, Henri travaille dehors. Il fend du bois, raccommode un volet, descend chercher de l'eau au puits. Il ne pense plus à la nuit, ou s'efforce de ne plus y penser.

Le soir, Marguerite rentre un peu plus tard que d’habitude. Elle est éreinté, et dit que sa cheville commence à lui faire mal. En marchant 2h par trajet tous les jours, c’est compréhensible. Mais une des bourgeoises lui a promis du linge supplémentaire pour la semaine. C’est à peu près tout ce qu’elle dit ce soir-là. Au lit, elle s'endort presque tout de suite.

Cette fois c’est Henri qui met du temps à trouver le sommeil.

Le vent s’infiltre par tant d’endroit de cette vieille bâtisse que la maison semble respirer. Mais il finit par s'endormir.

Et dans son sommeil, il entend à nouveau la voix.

— Henri.

Henri ouvre les yeux dans le noir… Et la voix revient.

— Henri.

Il pose les pieds sur le plancher froid. Il prend la lampe sur la table de nuit, l'allume sans faire de bruit, sort de la chambre, et il descend l'escalier.

En bas, la cheminée a refroidi. La pluie cogne sur les volets. Henri avance dans le couloir, lampe levée. La voix revient, plus nette maintenant. Elle vient du fond du couloir.

— Henri. Tu es là ?

Il s'arrête devant le mur de briques. Il pose la main libre à plat sur la paroi.

— Oui, murmure-t-il. Je suis là.

— Henri… Il faut que tu me sortes de là .

— Mais… c’est impossible que quelqu’un soit là-dedans. Je ne te connais même pas.

— Elle m’a enfermé.

Henri reste immobile.

— Qui ?


— Papa. Les rats, ils m'embêtent.



Henri ouvre les yeux.

Il est en haut de l'escalier, en chemise, pieds nus dans le noir. Il n'a pas de lampe à la main. Et iIl n'a pas non plus la moindre idée de la façon dont il est arrivé là.

Son fils est sur le pas de sa chambre, à un mètre de lui. Il le regarde, les yeux levés vers lui, sa petite main accrochée au cadre de la porte.

— Papa ?

Henri met une seconde à pouvoir parler.

— Oui, mon grand.

— Tu fais quoi ?

— Rien. Je… j'allais aux toilettes.

Le petit le regarde encore un instant, en fronçant un peu les sourcils... Puis il rentre dans sa chambre sans rien ajouter. Henri reste figé sur le palier, à fixer le noir en bas de l'escalier, le cœur qui cogne dans sa poitrine. Marguerite, derrière la porte de leur chambre, n'a pas bougé.

Il secoue la tête et rentre se coucher, mais il ne dort plus de la nuit.


Au matin, Henri ne dit rien à sa femme. Marguerite le regarde quand même.

— Tu n'as pas dormi.

— Non.

— C'est encore les bêtes ?

— Sans doute.

Elle pose la main sur la sienne, brièvement, et elle commence à s'habiller pour descendre. Henri la regarde faire. Il regarde la nuque qu'elle dégage en attachant ses cheveux. Il regarde les gestes qu'elle fait tous les matins depuis huit ans, puis il lui demande :

— Tu rentres à quelle heure, ce soir ?

Marguerite met une seconde avant de répondre. Elle attache son foulard.

— Comme d'habitude. Du moins, je ferai au mieux avec cette cheville qui commence à me lancer. Et puis, Madame Lhermitte voulait que je repasse à la fin pour vérifier deux chemises.

— D'accord.

Elle l'embrasse sur le front, prend son baluchon, et elle part.

Henri reste à table un long moment. Puis il monte voir son fils. Il dort encore. Il a la respiration calme. Henri reste un instant dans l'embrasure, à le regarder dormir. Puis il finit par redescendre.


Il fait déjà nuit lorsque Marguerite rentre.

Elle est trempée, frigorifiée, et elle s'excuse en se déshabillant devant le feu. Elle dit que Madame Lhermitte l'a retenue plus longtemps que prévu, et la pluie a transformé le chemin en boue. Qu’elle a glissé deux fois et qu’elle est désolée. Henri lui répond doucement que ce n'est rien. Il lui tend une chemise sèche.


Cette nuit-là, Henri ne dort pas.

Il reste allongé, pensif, les yeux grands ouverts, à fixer le plafond.

Vers une heure du matin, il commence à entendre la voix sous le plancher. Il se pince.

Cette fois, il n'y a aucun doute possible. Il est éveillé. Parfaitement éveillé. Il sent le drap sous sa main valide, le souffle régulier de Marguerite contre son épaule, il voit même la mince ligne de lumière de la lune qui passe sous le volet.

Et il l'entend.

— Aide-moi.

Henri ferme les yeux.

Mais il les rouvre quand la voix reprend.

— Aide-moi.

— C’est dans ma tête murmure Henri pour lui-même.

— Non, je suis en bas. Elle m'a enfermé.

Il décide d’aller vers cette voix. Il se lève sans bruit. Il prend la lampe. Il l'allume au creux de sa main, descend l'escalier marche après marche, et il arrive au fond du couloir.

Devant le mur de briques. Il pose la main et colle l'oreille.

— Elle m'a laissé crever ici, Henri. Comme elle le fera avec toi.

Henri se redresse d'un coup, comme si quelqu'un l'avait touché. Il recule de deux pas. Et la voix se tait.

Il reste planté dans le couloir un long moment. La lampe tremble dans sa main valide. Il finit par remonter, doucement, sans même prendre la peine de regarder une dernière fois derrière lui.

Marguerite n'a pas bougé. Le petit non plus.

Le lendemain, Marguerite descend en ville comme d'habitude. Henri, lui, attend qu'elle soit hors de vue. Il installe son fils dans la cour avec un bâton, du fil, et un seau d'eau pour qu'il s'invente une partie de pêche imaginaire.

Et il rentre.

Il descend le couloir, lampe allumée à la main, et il s'arrête devant le mur de briques. Il tape, doucement, du tranchant.

Il pose les deux mains sur les briques. Il prend une grande respiration. Et il parle, à voix basse :

— Si vous êtes là... Frappez. Deux fois.

...

...

Henri attend. Une minute, peut-être deux. Il n'arrive plus à compter. Le mur reste muet. La maison entière reste muette. Il entend quelque part dans la cour, le petit fait semblant de remonter un poisson en imitant un bruit de moulinet avec sa bouche.

Henri laisse tomber les épaules. Il sourit, presque, à sa propre bêtise. Il fait un pas en arrière, et il commence à se retourner.


TOC.


Un coup sec, net, sur la paroi de briques. Une fois. Une seule.




PARTIE 3


Le coup résonne. Et puis le silence retombe sur la maison.

Henri tente d'obtenir une suite. Il chuchote, il insiste, il finit par taper lui-même contre les briques, jusqu'à ce que son poignet valide commence à lui faire mal. Le mur reste muet. Au bout d'un quart d'heure, il finit par s'éloigner. Et le doute commence à réellement s'immiscer en lui : a-t-il vraiment entendu ce coup ? Ou est-ce que c’était le volet qui claque ? Ou autre chose encore ?

Il fini par sortir dans la cour. Le petit lui demande s'il a déjà vu un brochet en vrai. Henri répond qu'il en a vu un, oui, quand il était plus jeune que lui. Il joue avec son fils jusqu'au goûter. Il fait comme si tout allait bien. Mais le doute s’était déjà immiscer en lui.


Cette nuit-là, il descend.

Il s'assoit sur le sol, le dos contre le mur d'en face, la lampe à côté de lui. Et il attend. Il veut une réponse.

— Tu es revenu.

Henri ne répond pas tout de suite. Une partie de lui devrait avoir peur. Mais ce qu’il ressent d’abord, honteusement, c’est presque du soulagement ;

— Qui es-tu ?

— Quelqu'un comme toi. Qu'on a laissé crever en bas.

— Depuis combien de temps ?

...

— Je ne sais plus. Des semaines. Des mois, peut-être. Je n'ai plus de manière de compter.

— Comment tu es arrivé là ?

— Une femme. Elle m'a fait monter. Elle disait qu'elle avait besoin d'aide. Alors je l'ai aidée. Je me suis réveillé en bas, le crâne en sang.

Henri laisse passer un silence.

— Sors-moi de là, Henri. Tu as de quoi le faire. Je ne te demanderai rien d'autre. Tu m'ouvres, je sors, et je m'en vais. Personne ne saura jamais que tu m'as aidé.

— Je ne sais même pas qui tu es.

— Je viens de te le dire.

— Non, tu m'as dit une histoire ! Ce n'est pas pareil. Et je n’ai aucun moyen de savoir qu’elle est vraie.

...

...

— Henri. Tu ne vas tout de même pas me laisser là-dedans ? Mets-toi à ma place une seconde. Je n'ai rien à te donner. Je n'ai pas de papier, ni de famille qui peut te confirmer que je dis vrai. La seule chose que je peux te dire, c'est que je suis un homme. Et que je suis en train de crever de soif et de faim dans le noir, à quelques pas de toi.

Henri ferme les yeux. Il sent sa propre voix intérieure prudente qui lui hurle de ne rien faire. Mais aussi celle qui lui dit « Et si c’était vrai ? Le pauvre homme meurt à petit feu là-dedans »

— Si je t'ouvre. Qu'est-ce que tu vas faire ?

— Je vais traverser la maison, sortir par la cour, et descendre dans la forêt. Tu ne me reverras jamais.

— Tu as une femme ? Des enfants ?

...

— J'ai eu une femme, oui. Avant de venir ici.

Henri n’a pas le temps de poser la question suivante que la voix la pose pour lui.

— Tu veux savoir comment ça s'est terminé avec elle, c'est bien cela ? Tu veux savoir pourquoi je suis venu jusqu'ici, quand on m'a dit qu'une femme avait besoin d'aide ?

— Pas ce soir, finit par dire Henri.

— Comme tu veux.

Il y a un long silence. Henri hésite longuement sur ce qu'il doit faire.

Et à nouveau, c'est la voix qui finit par reprendre. Sur un autre ton. Plus bas.

— Henri.

— Oui.

— Tu n'as plus l'usage de ta main droite, c'est ça ?

— Comment tu le sais ?

— J'entends tout, ici.

Henri ne répond pas.

— Combien de temps une femme accepte de coucher à côté d'un homme qui ne peut plus rien faire de ses dix doigts ? Avant qu'elle commence à chercher ailleurs ?

— Tais-toi.

— Pose-toi la question, Henri. Pourquoi elle descend en ville chaque jour, et pas toi ? Pourquoi elle est celle qui ramène l'argent ? Pourquoi elle rentre toujours en retard, depuis quelque temps ?

— Qu'est-ce que tu racontes ? Je t'ai dit de te taire. Ce n’est pas comme ça que je te sortirai de ce trou à rat.

...

Henri se relève. Il prend la lampe. La voix le rattrape une dernière fois, au moment où il commence à reculer.

— Tu le feras Henri. Quand tu auras vus la vérité en face et que tu découvriras que j’avais raison. Je ne te demande pas de me croire sur parole. Tu n’as qu’à la regarder. Regarde-la simplement. Tu verras… Ou tu finiras comme moi.

Il remonte sans répondre. Il se glisse dans le lit à côté de Marguerite, et il fixe le plafond pendant le reste de la nuit.


Au matin, le petit raconte qu'il a encore entendu gratter cette nuit. Sa mère monte le coucher, redescend en disant qu'il y a une vieille grille d'aération près de la commode du petit, à moitié cachée par un meuble, qu’ils n’avaient pas remarquée jusqu'ici. Elle propose de mettre un chiffon dedans dans la journée et de descendre du poison la prochaine fois.

Henri pose sa tasse. Il dit qu'il s'en occupe.

Il monte. Le petit le suit à distance. Dans la chambre, Henri pousse le meuble. La grille est effectivement là, derrière, en fer forgé, mangée par la rouille. Mais ce qui frappe Henri n'est pas la grille. C'est ce qu'il y a derrière. Un conduit étroit, qui plonge dans l'épaisseur du mur. Et qui descend vers le bas de la maison.

Il pose le pied au sol, près de la grille, et il tape. Le son résonne.

Il met sa main valide à plat sur les fers rongés, et il tire.

Des rats s’en échappent. Le petit recule contre le pied du lit. Henri ne bouge pas. Les bêtes filent le long de la plinthe, traversent le palier, et disparaissent dans l'escalier.

Le petit se met à pleurer doucement.

Henri remet la grille en place sans rien dire. Il repousse le meuble dessus. Il prend son fils dans ses bras, descend l'escalier, le pose sur les genoux de Marguerite, et il sort fendre du bois dans la cour.


Une nuit, plus tard, Henri redescend. La voix l'attend.

— Je vais bientôt mourir par ta faute Henri.

Henri grogne.

— Approche.

Henri avance. Il pose la lampe. Il s'assoit comme la première fois, le dos contre le mur d'en face.

— Toujours pas décider à m'ouvrir, Henri ?

— Toujours pas.

— Tu n'es pas curieux de me croire au moins une fois ?

— Comment ça ?

— Ta femme va rentrer en retard ce soir. Elle va te dire qu'elle a dû s'arrêter chez une cliente en revenant. Et elle va se masser la cheville pendant tout le repas.

Henri ne répond pas. Il finit par remonter.


Le soir, Marguerite rentre une heure plus tard que d'habitude. Elle pose son baluchon en s'excusant : Madame Brachet l'avait retenue, elle dit qu’elle avait oublié un tablier la veille. Elle s'assoit lourdement devant le feu et commence à se masser la cheville droite, qu'elle tient en grimaçant.

Henri ne dit rien. Mais quelque chose, en lui, vient de céder un cran de plus.

À partir de cette nuit-là, il ne dort plus.

Il a quelque peu maigri. Il a les yeux creusés de fatigue. Marguerite essaie deux ou trois fois de lui faire dire ce qui ne va pas, mais il se ferme à chaque fois. Au bout du troisième essai, elle arrête. Le petit, lui, parle de moins en moins. Il évite son père, qu'il entend descendre toutes les nuits et parler en bas.


C'est un soir, après le coucher du petit, qu'Henri lui dit la vérité.

Il a hésité toute la journée. Il sait qu'il ne peut plus continuer comme ça. Il SAIT que ce qu'il vit n'est pas normal. Et il se dit que si quelqu'un peut l'aider à savoir s'il est en train de devenir fou ou pas, c'est elle.

Il pose les mains sur la table. Il prend son souffle.

— Marguerite. Il faut que je te dise quelque chose.

Elle s'assoit en face de lui.

— Depuis qu'on est ici, j'entends une voix. Une voix d'homme. Elle vient du mur de la cave.

Marguerite ne bouge pas. Elle attend, fronçant un peu les sourcils.

— J'ai cru à des rêves au début. Et puis je l'ai entendue éveillé. Elle me parle. Elle me dit des choses !

— Quel genre de choses ?

— Sur moi. Sur la maison. Sur toi.

Marguerite met du temps avant de répondre.

— Henri…

— Je sais. Je sais comment ça sonne. Mais viens. Viens, je vais te montrer.

Il se lève. Il prend la lampe à huile. Marguerite hésite un instant, puis elle se lève à son tour et le suit dans le couloir.

Devant le mur de briques, Henri pose la lampe sur le sol. Il appelle, à voix basse d'abord, puis plus fort.



— Je suis là. Tu m'entends ? Dis-lui que tu es là. Dis-lui ce que tu m'as dit… S'il te plaît.

...

...

Il colle l'oreille.

— Frappe une fois. N'importe quoi. Juste pour qu'elle entende.

...

...

Il tape lui-même. Du tranchant. Une fois, deux fois, trois fois. Mais le mur reste complètement muet. La maison reste muette. La pluie tombe dehors et c'est le seul bruit que Marguerite entend.

Henri se retourne vers elle. Il ouvre la bouche pour dire quelque chose, et il s'arrête. Marguerite recule d'un pas. Elle fronce les sourcils.

— Henri. Tu me fais peur.

Elle ne dit rien d'autre, puis remonte. Henri reste seul devant le mur.


Il attend longtemps, dans le noir, jusqu'à ce qu'il soit certain que sa femme s'est recouchée. Il pose les deux mains à plat sur les briques. Il appuie son front contre la paroi froide. Et il murmure, presque entre ses dents :

— Pourquoi tu n'as rien dit ?

...

— J'ai mis ma femme dans la balance pour toi. Pourquoi tu n'as rien dit ?

— Henri. Je suis désolé.

— Tu es désolé ?!

— Je ne pouvais pas, pas ce soir. Pas avec elle là.

— Pourquoi ?

— Parce que je l'ai déjà entendue parler de toi. Je n’ai pas confiance en elle.

— Comment ça ?

Pendant la journée, quand tu fends du bois dehors ou avant de partir travailler. Elle s'arrête parfois dans le couloir un instant. Et elle dit ce qu'elle pense. Tout bas, comme si elle pensait à haute voix.

— Qu'est-ce qu'elle dit ?

— Que tu n'es plus le même. Qu’elle se sent laisser à l’abandon. Qu'elle ne sait plus quoi faire avec un homme incapable de faire vivre le foyer. Et qu'elle t'entend parler tout seul la nuit.

Henri ne répond pas tout de suite.

— Henri. Si je m'étais montré ce soir, devant elle, qu'est-ce qu'elle aurait fait ? Demain matin, elle descend en ville. Elle trouve un médecin. Elle te fait emmener. Et elle, elle reste dans cette maison avec ton fils. Et moi je reste en bas. Réfléchis.

...

Henri reste le front contre le mur pendant un long moment. Il finit par remonter, doucement. Quand il rentre dans la chambre, Marguerite a fermé les yeux. Elle n'est pas endormie. Il le sait à la manière dont elle respire. Mais elle ne lui parle pas. Et lui ne lui parle pas non plus.


Les jours qui suivent, Marguerite change.

Elle est aussi gentille qu'avant... en apparence. Elle continue à descendre en ville, à remonter le soir, à servir la soupe, à coucher le petit. Mais elle ne le touche plus.

Henri, lui, descend toujours. Presque chaque nuit, au point où il ne dort plus vraiment. Et la voix lui parle de plus en plus longtemps.

Et un soir, la voix lui dit qu'elle a entendu Marguerite écrire une lettre.

Henri n'en a vu aucune.

Mais le lendemain matin, en triant un panier de linge sale, il trouve un bout de papier mal plié dans la poche d'un tablier. Quelques lignes. L'écriture de sa femme. Le nom du notaire en haut. Et dessous, des mots qu'il ne lit qu'à moitié, parce qu'il s'arrête à la troisième ligne.


" Auriez-vous l'amabilité de me dire si les histoires de sorcellerie que les gens d'ici racontent sur cette maison ont un fondement ? Je crois que mon mari ne va pas bien et je crains pour lui et pour notre enfant."


Henri ne lit pas la suite. Il repose le papier dans la poche, exactement comme il l'a trouvé, et il rentre dans la maison.


Cette nuit-là, encore, Henri ne dort pas. Pas une minute.

Il attend que Marguerite s'endorme. Et il attend longtemps, parce qu'elle non plus ne dort pas tout à fait. Il finit par se lever lorsque sa respiration devient plus régulière. Il prend la lampe, l’allume et il descend l'escalier.

En bas, la maison est silencieuse. Il avance dans le couloir et il s'arrête devant le mur de briques.

Il pose la main sur la paroi. Il pose le front. Il parle, à voix presque haute maintenant, sans plus chuchoter, ni se cacher.

— Tu avais raison. J'ai vu la lettre. Tu m'entends ? J'ai vu la lettre.



Henri se fige.

Et il entend la voix de sa femme, derrière lui, plus basse encore que ce qu'il vient lui-même de prononcer.

— Henri ? Que fais-tu ?

Il met deux secondes avant d'oser tourner la tête.

Marguerite est en bas de l'escalier, en chemise, pieds nus, le petit accroché à sa jambe. Elle tient une bougie tremblante à hauteur du visage. Elle le regarde comme on regarde un étranger, et fait demi-tour lorsqu'elle voit qu'elle n'obtient pas de réponse.

Et c'est à ce moment-là, dans l'oreille d'Henri, dans son oreille à lui seul, qu'une voix qu'il connaît maintenant trop bien lui chuchote, comme si elle était collée contre son tympan.

— Débarrasse-toi d'elle.


RDV le jeudi 30 pour la partie 2.

L'épisode audio en entier est d'ores et déjà disponible sur supercast.

1 commentaire

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Invité
il y a un jour
Noté 5 étoiles sur 5.

j'attend la suite avec tellement d'impatience c'est super !!!

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NB : Les histoires écrites publiées sur ce site sont des transcriptions adaptées de récits audio. Elles conservent donc volontairement un rythme oral, pensé à l’origine pour l’écoute.

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