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Le Toutou

  • 1 mai
  • 14 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 mai


Quand vous êtes dans le noir… vous faites confiance à quoi, pour vous rassurer ?

Un bruit familier ?

Une présence que vous connaissez ?

Ou un petit geste habituel peut-être ?


Parce que l’histoire que je m’apprête à vous raconter commence comme ça.



NB : Les origines de cette histoires seront expliquées à la fin du récit.


L'histoire est également disponible à l'audio :



PARTIE 1


Marie a trente ans. Elle est graphiste freelance. Elle travaille de chez elle, dans une maison de quatre pièces en bordure de Lyon. Assez proche de la ville pour ne pas se sentir isolée et assez loin pour avoir un bout de jardin et du silence le matin. La porte d’entrée avait ce “clac” sec qu’on prend pour un verrou. Sauf que si on ne tourne pas la clé, ce n’est qu’un bruit.


C'est une femme rationnelle, organisée et autonome. Le genre à avoir un planning sur le frigo et des listes de courses rangées par rayon.


Elle vit seul avec Paco. Paco, c'est un beagle de cinq ans. Douze kilos de poils roux et blancs, et un talent particulier pour voler les chaussettes. Il dort sous le lit depuis qu'il est tout petit. Elle a bien tenté de l'en dissuader pendant plus d'un an mais elle a finit par abandonner. C'est son endroit à lui.


Vous savez ce qu’on dit, tel maîtresse, tel chien. Et bien pour Paco, c’est totalement faux. Cette boule de poil n’a rien d’autonome ni d’indépendant. Il colle sa maîtresse partout. Il suffit que Marie se lève de sa chaise pour entendre les petites griffes de Paco sur le plancher. Quand sa maitresse va se coucher, il ne tarde jamais à la suivre. ll vient poser son museau froid sur le bord du matelas pour vérifier que Marie est là. Puis il disparaît dessous.



Ce soir-là, Marie est d'humeur légère.

Elle a un date demain. Un premier rendez-vous, avec un homme rencontré sur une application de rencontre une semaine plus tôt. Elle n'est pas du genre à se faire des films, elle a connu trop de premiers rendez-vous décevants pour ça. Mais celui-là... il est drôle, il écrit bien, et surtout, elle le trouve mignon. D'autant plus qu'il répond vite sans être envahissant.

Il s'appelle Thomas.


Les premiers échanges avaient été assez classiques. Vous voyez le genre : qu'est-ce que tu fais dans la vie ? t'as des frères et sœurs ? tu lis ou pas ?... Les questions passe-partout qu'on pose quand on ne sait pas encore très bien qui est l'autre. Puis au fur et à mesure, elle a pris l’habitude de lui parler tous les jours, au point où lorsqu’ils ne se parlaient pas, ça lui manquait.


Il avait quelque chose de naturel et rassurant. Contrairement à ses anciens dates qui misaient tout sur le paraitre.


Leurs échanges ressemblaient à des choses comme :


Thomas (message) : « T'as un animal ? »


Marie (message) : « Oui, un chien. Un beagle. »


Thomas : « Il s'appelle comment ? »


Elle avait souri en tapant la réponse. Les gens qui posent des questions sur les animaux, c'est bon signe en général.


Marie : « Paco. »


Il avait répondu un emoji qui rit. Puis :


Thomas : « T'es souvent chez toi dans la journée ? »


Elle avait trouvé ça un peu direct, mais elle avait répondu que oui, elle travaillait de chez elle. Il avait dit que c'était bien, qu'il enviait ça. La conversation était passée à autre chose.

Elle n'y avait pas repensé.

Jusqu'au lendemain soir, l’avant-veille du rendez-vous, quand il avait écrit :


Thomas : « On se retrouve où ? Je peux venir te chercher si tu veux. »


Elle avait hésité une seconde, parce que non, quand même, on ne donne pas son adresse à quelqu'un qu'on n'a jamais vu.


Marie : « C'est sympa mais on se retrouve directement au bar. C’est plus simple. Y'a un endroit sympa près du centre. »


Thomas : « Quel bar ? Je connais pas trop le coin. »


Elle lui avait envoyé le nom et l'adresse. Il avait répondu :


Thomas : « Ok cool. T'es vers quel quartier, toi ? Histoire que je calcule l'itinéraire pour qu'on arrive à peu près en même temps. »


Elle avait regardé le message quelques secondes.

Ce n'était pas une question bizarre en soit, mais elle est du genre prudente. Il demande juste ça pour savoir si c'est loin, pour prévoir son trajet. C'est normal, s'était-elle dit.

Elle lui avait alors donné son quartier.


Marie était fatiguée. Ça avait été une journée éreintante.

Alors comme tous les soirs, elle avait bu la moitié d’un grand verre d’eau qu’elle posa sur la table de nuit, était allé se brosser les dents, elle avait posé son téléphone, et attendu que Paco la rejoigne.

Les griffes sur le parquet du couloir n'ont pas tardé à se faire entendre. Puis le petit soupir de l'animal qui s'étire et le museau froid sur le bord du matelas.

Elle éteignit la lampe de chevet.


...


...


Et puis, dans le noir, quelque chose effleura son pied.


Marie : « Haha... Tu me chatouilles Paco, arrête, j'ai pris ma douche, ne me lèche pas gros dégueu »


Elle rentra son pied sous la couverture.

Paco grogna légèrement.


Marie : « Chut, tais-toi Paco »


...


Dans la pénombre, un souffle très léger et familier venant de sous le lit se fit entendre.


Apaisée, elle s'était endormie.



PARTIE 2


Le lendemain matin, Marie se réveilla avec une heure de retard. Le réveil sonnait visiblement depuis plus d’une heure, mais ça ne l’avait pas réveillé.


Marie : « roh merde ! »


Elle avait un client à rappeler à neuf heures et son téléphone affichait déjà neuf heures moins dix. Elle attrapa une chaussette de la veille au sol qui lui semblait encore humide, enfila ses vêtements pris au hasard à la va-vite dans l’armoire en face du lit, tout en se brossant les dents en marchant, et traversa le couloir jusqu’à son bureau en coup de vent.


Dans sa tête, elle avait une vraie une liste : le dossier à envoyer. L'appel. Et ce soir, le rendez-vous avec Thomas. Elle n'avait même pas décidé ce qu'elle allait mettre.

Elle n'avait pas fait attention à l'absence du bruit des griffes sur le carrelage.


Elle claqua la porte en partant.


La journée avait été longue. L'appel s'était étiré, le client avait changé d'avis trois fois, et le rendez-vous avec Thomas avait été décalé d'une heure parce qu'il avait eu un imprévu, ce qui lui avait au moins donné le temps de se changer.


Il était vingt-deux heures passées quand elle rentra.


Marie : « Paco ? Coucou toi ! »


...


Rien.

C’est étrange.

Lorsqu’elle s’absente, son chien ne manque pas de lui faire la fête en rentrant. Enfin... quand il ne dort pas.

Elle posa son sac et alluma le couloir.


Marie : « Paco ? »


Il devait être sous le lit, c'est tout. Il y disparaissait parfois des heures, surtout quand il avait été seul toute la journée. Et là, il avait été seul toute la journée.


Elle s'en convainquit.

Elle se servit un verre de vin d’une bouteille qu’on lui avait offert, le seul truc qu'elle avait envie de faire ce soir-là. Elle mangea ensuite rapidement debout au-dessus de l'évier, et alla prendre sa douche.


En ressortant de la salle de bain, elle passa la tête dans la chambre.


Marie : « Tes croquettes sont prêtes, Paco. Je vais me coucher. »


Elle attendit.

Une seconde.

Deux.

Aucun mouvement sous le lit. Pas le moindre froissement.


Elle haussa les épaules. Il boudait. C'était son truc quand elle rentrait tard, il faisait la gueule pendant vingt minutes et finissait par venir quand même se coller à elle.


Elle éteignit la lumière.



...


BOOM


Marie se redressa d'un coup. Le bruit venait de devant elle.


Son cœur cognait. Elle fixait l'armoire en face du lit dans le noir sans bouger, les yeux grands ouverts, les mains crispées sur la couverture. Comme si ouvrir les yeux plus grands lui permettrait de voir à travers l’obscurité totale de la pièce.


Marie : « Paco ? ... Merde, je t’ai enfermé dans l’armoire sans faire exprès ce matin ? » dit-elle en murmurant.


...


Silence.


Elle ralluma la lumière. Traversa la chambre. Saisit la poignée.


Elle ouvrit.


Ses vêtements. Ses boîtes à chaussures et ... Un pull qui avait glissé de son cintre et s'était affaissé sur le sol.

Rien d'autre.

Elle referma lentement. Souffla. C'était le pull. Le pull qui tombe, ça fait exactement ce bruit-là.


Elle éteignit de nouveau, rentra ses pieds sous la couverture et se recoucha.


...


Et elle finit par s'endormir, rassurée, en entendant la respiration de son chien sous le lit.



PARTIE 3


BOOM


Il était trois heures du matin quand Marie ouvrit les yeux.


Un bruit sourd avait traversé le silence. Elle ne savait pas encore si elle l'avait vraiment entendu ou si c'était les dernières secondes d'un rêve qui se dissipait. Elle fixa le plafond, la gorge sèche.


Ses pieds étaient moites. Une sensation froide et collante contre le bas du drap, sûrement à cause du stress. Elle les bougea machinalement.


BOOM


Cette fois, elle se redressa d'un coup.


Marie (voix encore endormie) : « Paco ? »


...


Rien.


Pas de froissement sous le lit. Pas de griffes sur le parquet. Pas le moindre soupir. Elle commença à cogiter.


Marie : « Paco, t'es là ? »


...


...


Elle tendit la main vers sa lampe de chevet. Hésita. L'obscurité lui semblait soudainement plus épaisse, dû à ce sentiment qu’on connait tous, comme si allumer la lumière risquait de confirmer quelque chose qu'elle préférait ne pas savoir.


Elle l'alluma quand même.



La chambre était vide. Elle se mit à respirer un peu plus lentement, mais son cœur, lui, battait de plus en plus fort. L'armoire était toujours fermée.

Une idée qui ne lui plaisait pas lui traversa l’esprit.

Elle se pencha lentement sur le bord du matelas.

...

Puis elle souleva le draps du bas du lit.



Il n'y avait rien d'autre qu'une vieille paire de chaussure et de la poussière.

Elle souffla. Paco avait dû changer de pièce cette nuit. Ça lui arrivait. Et le bruit... c'était encore ce fichu pull. Ou... plutôt autre chose vue le son.


Elle se redressa. Traversa la chambre, posa la main sur la poignée de l'armoire.

Et l'ouvrit.


Marie cria de surprise.


Quelque chose lui tomba dessus.

Quelque chose d’à peine encore chaud.

Ses mains le reconnurent avant que son cerveau ait eu le temps de suivre. Les oreilles tombantes. Le pelage court. La truffe froide contre sa joue.


C'était Paco.


Elle allait crier, mais elle sentit un souffle chaud lui effleurer la nuque.


Quelqu'un se tenait à moins d'un mètre derrière elle.

Quelqu'un qui avait attendu dans le noir, sous son lit, pendant des heures.

Quelqu'un qui avait écouté sa respiration se creuser dans le sommeil.


Le cri resta coincé quelque part entre sa gorge et sa bouche.


Une voix chuchota juste à son oreille :

Voix d'homme : « Tes pieds sont délicieux. »


Marie ne pensa à rien.

C'est peut-être ce qui lui sauva la vie : ne pas penser, ne pas se retourner, ne pas chercher à voir. Juste courir.


Elle traversa le couloir, déboucha dans la cuisine, ouvrit le premier tiroir et sortit le couteau le plus long qu'elle trouva. Elle se retourna, dos contre l'évier, le bras tendu devant elle.

La cuisine était vide.

Le couloir devant elle était sombre, Mais pas entièrement. La veilleuse de la salle de bain projetait un rectangle de lumière orange sur le sol.

Et dans ce rectangle... une ombre apparut lentement.



Un bord d'épaule... et un côté de visage, qui ne bougeait pas.


Marie : « Bordel qui t'es... qu'est-ce que tu veux... »


L'ombre ne répondit pas tout de suite.

Puis, très lentement, la tête dépassa le coin du mur. Juste la tête. Inclinée sur le côté, comme un animal qui entend quelque chose qu'il ne comprend pas encore. Laissant dépasser des yeux vitreux faiblement brillants dans l’obscurité.


Voix de l'homme : « Je veux être ton toutou. »


Marie débrancha son cerveau, se laissant guider par son instant de survie et se jeta vers la porte d'entrée, en prenant ses clés de voitures au passage, arracha le verrou, et courut.


Sa voiture était garée vingt mètres plus loin, dans la rue. Elle s'y jeta, verrouilla les quatre portières. Elle fixa la maison... mais ne vit rien.

Une pensée lui traversa encore l’esprit. Très lentement, elle se retourna.

Elle regarda la banquette arrière.



Rien.


Elle se retourna à nouveau vers la maison.


La porte d'entrée était grande ouverte. Dans l'encadrement se trouvait la silhouette. Immobile. Trop grande. La tête toujours inclinée du même côté.


Puis il courut vers elle.



Mais pas comme courrait un homme. On aurait dit une marionnette désarticulée. Les bras trop raides. Le buste trop en avant. Une démarche cassée et trop rapide à la fois.


Marie n'attendit pas : elle démarra et écrasa la pédale de droite.



Elle s'arrêta deux rues plus loin. Sortit son téléphone et zooma au maximum sur les fenêtres de sa maison.


La lumière du salon venait de s'allumer.


À travers la baie vitrée, elle distinguait deux yeux parfaitement ronds et fixes qui regardaient droit dans l'objectif. Comme s'il savait exactement où elle s'était garée.

Et un sourire. Trop large, trop haut sur le visage pour être humain.



Puis il leva la main, le poing serré.

Paco, pendant par la queue.


Elle appela le 17.


Ce qu'elle ne savait pas encore, c'est qu'il n'était pas entré cette nuit-là.


Il était entré bien avant.



PARTIE 4


Les policiers étaient arrivés en moins de dix minutes.

Marie les attendait au bout de sa rue, assise sur le capot de sa voiture, les bras croisés sur elle-même, les yeux rivés sur sa maison. Elle ne l'avait pas quittée des yeux.

Ils avaient fouillé la maison pendant près de deux heures, pièce par pièce, placard par placard. Ils avaient relevé des photos, posé des questions, pris des notes.

Le résultat est sans appel : rien.


Pas de trace d'effraction. Pas d'empreintes exploitables. Paco, lui, avait bien été étouffé, mais comment et par quoi : c'était impossible à dire avec certitude pour le moment.

L'un des agents avait ramassé le verre posé dans le salon, celui dans lequel Marie avait bu ce soir-là, et l'avait glissé dans un sachet sans faire de commentaire.


Ce n'est que deux jours plus tard qu'on lui annonça ce qu'il contenait : des résidus de somnifère.

La dose était faible, mais suffisante pour assommer le sommeil sans que ça se voie.

Suffisante pour que rien ne puisse la réveiller, hormis peut-être un gros bruit sourd.


Les policiers lui avaient conseillé de changer ses serrures, de porter plainte contre X, et d'éviter de rester seule dans la maison le temps de l'enquête. Ils avaient dit tout ça avec un ton évasif, comme s'ils voulaient en finir assez rapidement sans trop s'attarder sur le sujet.


Elle n'avait pas insisté.


Elle avait appelé Lucie, sa meilleure amie depuis le lycée, qui avait décroché à la deuxième sonnerie et dit "t'arrives quand tu veux" sans lui demander de tout expliquer. De toute façon, elle lui avait déjà quasiment tout raconté par message vocal.


Elle avait passé quatre jours chez elle. Et on peut la comprendre : il était inenvisageable de retourner dans sa maison à ce stade. Elle avait l'impression qu'on lui avait violé son intimité, en plus d'avoir tué son meilleur ami.


C'est pendant ces quatre jours que Thomas avait rappelé.

Elle avait fixé son prénom sur l'écran un long moment avant de décrocher.

Il n'y avait là aucune méfiance particulière, juste cette fatigue de devoir encore tout raconter, et de trouver les mots pour décrire quelque chose qui lui semblait déjà irréel à elle-même.


Mais il n'avait pas attendu qu'elle explique quoi que ce soit. Il avait dit qu'il avait vu qu'elle n'allait pas bien, qu'il ne voulait pas la brusquer, et qu'il était là si elle avait besoin.


C'est lui qui avait parlé le moins. Et ça, ça lui avait fait du bien.


La maison était en vente depuis le lendemain matin. Marie avait trouvé un appartement dans un autre quartier de sa ville, plus grand, mieux exposé, dans une rue qu'elle ne connaissait pas encore. La vente s'était conclue en trois semaines. Le prix avait été revu, mais elle s'en fichait. Elle voulait juste que ce soit fini et recommencer à zéro.


Ça y est, il ne restait plus qu'une étape : les cartons.


Lucie avait proposé de l'accompagner pour la première journée, un couteau à la main en rigolant, mais avec une pointe de sérieux dans les yeux. Elles avaient fait le tour des pièces ensemble, méthodiquement, avant de commencer quoi que ce soit. Chaque placard. Chaque recoin. Chaque espace assez grand pour contenir quelqu'un.


Elles n'avaient rien trouvé.

La maison était vide. Vraiment vide, cette fois.



DING DONG


Marie alla ouvrir.


Thomas : « Salut. »


Marie : « Ha Salut, qu’est-ce que tu fais là ? »


Thomas : « Je suis venu te donner un coup de main, t’as besoin de te reposer. »


Marie : « Ho bah… c’est trop gentil, merci Thomas. »


Marie : « Vas-y rentre ! »


Thomas : « Oh waw, t’es bien ici, ça parait plus grand que ton ancien chez toi »


Marie : « Oui… Il faut que je m’y habitue, mais c’est pas mal »


Thomas était passé le deuxième jour, avec sa camionnette et sans qu'elle lui demande vraiment. Il avait chargé les meubles lourds, les cartons du sol au plafond, en s'assurant qu'il s'occupait de tout, qu'il avait l'habitude.


Elle ne savait pas trop ce qu'elle ressentait pour lui, à ce stade. De la gratitude, certainement. Peut-être autre chose. Quelque chose de prudent. Elle voulait prendre son temps.


Le soir, une fois les cartons déposés dans le nouvel appartement, elle avait commandé une pizza, s'était assise par terre au milieu de tout ce désordre, et avait mangé en silence. C'était le premier repas depuis des jours où elle n'avait pas le ventre noué.


Elle déballa les cartons un par un, installa ses meubles, prit ses marques. Le parquet craquait différemment, le chauffe-eau faisait un bruit bizarre le matin et les voisins du dessus se couchaient tard. Tous ces petits détails qu'on apprend d'un endroit quand on commence enfin à l'habiter vraiment et qui lui faisait presque regretter sa vie d’avant.


Mais elle arrivait à dormir. Certes, difficilement, mais c'est ce qui comptait.


Thomas passait de temps en temps. Pour dîner, ou même pour rien. Les choses avançaient doucement entre eux : pas de déclaration ni de précipitation. Juste deux personnes qui prenaient le temps.


Un soir, il vient l'aider à installer le dernier meuble : le grand buffet de son grand-père.

C'était un monstre de chêne sombre, profond et grinçant. Avec des portes qui fermaient mal.

Son père détestait les voir entrouvertes. Il allait toujours les repousser des bouts des doigts.

Thomas tourna autour et posa sa main dessus.


Thomas : « Il est énorme ce truc ! Mais ça va ramener quelque chose de plus dans cet appart'. Tu veux le mettre où ? »


Marie avait pensé au salon. Thomas secoua la tête.


Thomas : « Nan, dans le couloir. Juste là, près de ta chambre. »


Ils le portèrent à deux, centimètre par centimètre.


Thomas : « Pile poil ! Tu vois, il était fait pour être là. »


Quand Marie revint de la cuisine avec des verres d'eau, l'une des portes du buffet baillait d'un doigt. Thomas la repoussa presque machinalement.


Ce soir-là, Thomas était rentré chez lui, et Marie s'était couchée tôt.


Elle but son verre d’eau, elle éteignit la lumière, rentra ses pieds sous la couverture.

Et ferma les yeux.


...


Un grincement se fit entendre dans l'obscurité.

...








ORIGINES :


L'histoire que vous venez d'entendre s'inspire d'une légende urbaine que vous connaissez peut-être déjà, même sans le savoir.


Elle s'appelle "The Licked Hand", ou "Humans can lick too" selon les versions. Le principe est simple : une personne seule, un chien sous le lit, et une main tendue dans le noir pour se rassurer. Sauf que le lendemain matin, elle découvre que son chien était enfermé ailleurs. Et que ce qui lui léchait la main... c'était autre chose.


Ce qui est fascinant avec cette légende, c'est qu'elle ne vient pas d'Internet. Elle circulait bien avant les forums et les creepypastas.

Certaines sources la font remonter à la fin du XIXème siècle.

Un article de fact-checking consacré aux variantes de ce récit explique même que le motif du “léchage rassurant” apparaît dans une anecdote rapportée dans un journal intime daté de 1871.

Elle a survécu parce qu'elle repose sur quelque chose de très simple, et très primitif : le réconfort qu'on cherche dans le noir... et la possibilité que ce réconfort ne vienne pas d'où on croit.


Un auditeur (que je tiens à remercier) m'a écrit, Evan, pour me parler de cette histoire. Il me racontait qu'enfant, il avait inventé sa propre version pour faire peur à ses amis, sans jamais l'avoir entendue auparavant. Et des années plus tard, en tombant dessus dans une vidéo de Squeezie, il a eu l'impression de retrouver quelque chose qu'il avait créé lui-même. Ses amis lui ont même demandé s'il l'avait postée quelque part.


C'est ça, la force de ce genre de légendes. Elles donnent l'impression qu'on les a toujours connues, car elles exploitent des peurs universelles.


Moi j'ai juste voulu la remettre dans un contexte qu'on connaît tous, plus moderne et contribuer à la faire vivre encore.

Maintenant, c'est à votre tour.


Ce soir, avant de vous coucher... pensez à regarder sous votre lit.




NB : Les histoires écrites publiées sur ce site sont des transcriptions adaptées de récits audio. Elles conservent donc volontairement un rythme oral, pensé à l’origine pour l’écoute.

2 commentaires

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Invité
il y a un jour

c bien mais je voulair savoir la fin 👍

J'aime

Ma vie du 76
il y a 6 jours
Noté 5 étoiles sur 5.

Très bien je vous le conseille

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NB : Les histoires écrites publiées sur ce site sont des transcriptions adaptées de récits audio. Elles conservent donc volontairement un rythme oral, pensé à l’origine pour l’écoute.

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