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Motus et bouche cousue :
d’où vient vraiment cette expression ?

« Je vais te raconter quelque chose, mais motus et bouche cousue. »

La consigne est claire : ce qui va suivre doit rester entre nous.

Mais que signifie ce mot, motus, qu’on utilise rarement ailleurs ? Et pourquoi demander une bouche cousue plutôt qu’une bouche simplement fermée ?

 

L’origine exacte de la formule complète reste difficile à retracer. On connaît l’histoire de certains de ses éléments, mais leur réunion soulève davantage de questions. Entre un mot aux allures de latin, une ancienne consigne de discrétion et une légende beaucoup plus sombre, plusieurs pistes méritent qu’on s’y arrête.

Un mot français aux allures de latin

Latin

​Avec sa terminaison en -us, « motus » ressemble à un mot latin. Le rapprochement avec mutus, qui signifie « muet » et a donné « mutisme », paraît d’ailleurs presque évident : les sons se ressemblent et les deux mots évoquent le silence.

 Le rapprochement est notamment évoqué par le dictionnaire d’expressions Expressio, mais comme une influence possible, et non comme une filiation certaine

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L’explication de sa formation passe pourtant par un mot français tout simple : « mot ». On lui aurait ajouté une terminaison imitant le latin, comme un petit déguisement savant. « Motus », attesté dès le XVIe siècle, serait ainsi une manière plaisante de donner un air solennel à une consigne familière : « Pas un mot ! »

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Cette piste explique sa sonorité particulière. Elle laisse cependant une question ouverte : pourquoi avoir ajouté cette histoire de bouche cousue ?

Pourquoi une bouche cousue ?

​Une bouche fermée peut se rouvrir au premier moment d’inattention. Avec une bouche cousue, l’image devient beaucoup plus radicale : les lèvres sont maintenues ensemble, et aucune parole ne doit pouvoir s’échapper.

 

Cette formule possède sa propre histoire. « Bouche cousue » s’employait déjà au XVIIe siècle pour demander de garder un secret, indépendamment du mot « motus ». Les deux éléments pouvaient donc exprimer séparément la même consigne.

En 1694, la première édition du Dictionnaire de l’Académie française relève déjà cette formule à l’entrée « bouche », pour désigner le fait de garder un secret.

Leur association se comprend alors assez facilement : elle dit deux fois de se taire, avec davantage d’insistance. Selon le ton, elle peut devenir une recommandation complice, une promesse de discrétion ou un avertissement. Mais dès qu’on prend la couture au pied de la lettre, l’expression devient nettement moins anodine.

La légende de Motus

La légende de Motus propose justement une autre façon d’entendre ces mots.

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Elle raconte l’histoire d’un enfant qui passait des heures à observer sa famille en silence. Une nuit du 31 octobre, son père, excédé par cette présence, lui aurait arraché les yeux avant de lui coudre la bouche pour ne pas qu'il répète ce qu'il lui avait fait et de l’abandonner dans les bois.

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Motus aurait pourtant survécu. Incapable de voir, il aurait appris à se repérer grâce à de petits claquements de langue. Depuis, il reviendrait chaque année écouter les dormeurs au pied de leur lit. Cette légende circule également sous le nom du « voleur d'yeux ».

Pour lui échapper, il faudrait ne jamais lui laisser comprendre qu’on a remarqué sa présence.

Dans cette version, « Motus » est un prénom, et la formule s’écrit autrement : « Motus EST bouche cousue. » Elle décrirait ce qui est arrivé à l’enfant, avant de devenir, à force d’être répétée, une invitation à garder le silence.

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Pour découvrir le récit : Motus est bouche cousue

légende
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