La Trappe rêve
- Le chroniqueur

- 14 avr. 2025
- 15 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 déc. 2025
Prologue
Une jeune femme marchait le long d'un chemin perdu, entre deux haies sauvages et une clôture effondrée. Elle se baladait souvent par ici. Pour le calme, pour le silence.
C’est là qu’elle le vit.
Un vieil homme, debout devant une maison abandonnée. Il ne bougeait pas. Il admirait la bâtisse.
Elle s’approcha doucement.
Jeune femme (douce, un peu surprise) :
« Excusez-moi, monsieur… vous allez bien ? Vous êtes perdu ? »
Il ne répondit pas. Il pleurait.
Elle hésita, puis, pris d’empathie, s’assit à ses côtés sur le vieux muret.
Jeune femme :
« Dis donc, que faites-vous aussi loin de tout ? »
L’Homme essuya ses larmes et la regarda d’un regard tendre et triste.

Jeune femme :
« Cette maison est déserte depuis plus de quinze ans. Personne ne connait son histoire. Je trouve ça un peu triste et poétique à la fois… »
Un long silence.
Puis enfin, le vieil homme parla.
Il lui répondit que lui, connaissait l’histoire de cette maison.
Jeune femme :
« ça vous dérangerais de me la raconter ? »
L’homme s’embarqua dans un long monologue. Et voici ce qu’il lui dit :
PARTIE 1 :
Il y a des maisons qui ne devraient pas être habitées. Et celle-ci en fait partie.
Thomas, 35 ans, avait toujours rêvé de fuir la ville.
Le bruit, la vitesse… La sensation constante d’être pressé, sans but précis.
Alors, quand il a trouvé cette maison isolée à la campagne, il n’a pas hésité.
Une opportunité rare : bon état, prix imbattable, pas d’antécédents notables.
Il a emménagé un vendredi. Le soleil d’automne filtrait à travers les rideaux poussiéreux.
Il a vidé ses cartons, rangé ses livres, accroché quelques cadres.
La maison lui semblait calme.
Peut-être un peu trop…
Mais après la ville, le contraste était inévitable.
Chaque soir, il s’asseyait sur le perron avec une tasse de café, à écouter les bruits lointains de la campagne. Un oiseau. Le vent. Rien de plus. C’était exactement ce qu’il était venu chercher.
Mais un détail l’a rapidement intrigué.
Rien d’inquiétant. Juste une petite incohérence.
Dans la chambre principale, une armoire encastrée.
Ancienne. Massive. Solide.
Rien d’étonnant pour une maison de cette époque. Mais en rangeant ses vêtements, Thomas a remarqué un détail troublant. L’armoire était trop profonde.
Il s’en était rendu compte en installant son lit : le mur derrière l’armoire est censé être extérieur.
Mais vu de l’extérieur… aucun renfoncement, aucune extension.
Il est même sorti pour vérifier. A fait le tour de la maison. Et non : le mur était droit. Aucune saillie.
Pas d’espace possible pour une armoire aussi profonde. Il a pensé à une erreur de construction. À une cheminée condamnée. Ou à un simple vide technique. Il a haussé les épaules. Ce n’était pas important. Mais chaque fois qu’il entrait dans la chambre, une petite gêne le parcourait.
Il a tenté d’ignorer cette sensation. Pendant plusieurs jours, il n’y a plus prêté attention.
Jusqu’à une nuit.
Il se réveilla en sursaut, la gorge sèche, les draps collés à sa peau.
Dans le silence pesant de la nuit, quelque chose l’avait tiré de son sommeil, mais il ne savait pas quoi.
Pas un rêve. Pas un cauchemar. Un bruit, peut-être… un son réel, qui avait traversé les murs.
Il tendit l’oreille, le souffle encore suspendu.
Et alors, il les entendit à nouveau.
Trois coups.
Sourds.
Espacés.
Toc.
Toc.
Toc.
Ils semblaient venir de la chambre même. Ou de dessous. Ou pire : de l’intérieur de la maison.
Il resta figé, les mains posées sur les draps. Puis, lentement, il se leva. Le plancher grinça sous ses pas alors qu’il traversait la pièce, les sens en alerte. Il s’approcha de l’armoire, poussé par un instinct qu’il n’aurait su expliquer. Elle se dressait là, massive, silencieuse…
Thomas posa la main sur les poignées froides, et les fit pivoter lentement. Un léger grincement accompagna l’ouverture des portes. Rien de visible à première vue. Des étagères vides, un fond en bois sombre, irrégulier.
Il s’agenouilla, approcha sa main du fond de l’armoire.
Sous ses doigts, le bois était froid, légèrement bombé.
Et puis il sentit quelque chose : une ligne. Fine. Presque imperceptible. Une séparation dans le bois, qu’on ne voyait pas à l’œil nu, mais que la pulpe des doigts reconnaissait.
Il resta un instant figé, le cœur plus rapide.

Puis il se releva et partit chercher un tournevis dans la cuisine.
Revenu devant l’armoire, il introduisit la lame dans l’interstice et appuya doucement.
Un craquement discret, étouffé, résonna entre les murs.
Le panneau se souleva d’un centimètre, dévoilant dans l’ombre une ouverture noire.
Un souffle glacé en jaillit aussitôt, soulevant un léger nuage de poussière.
Il recula d’un pas.
Derrière l’armoire, dissimulée depuis toujours, une trappe venait d’apparaître.
Il est resté un moment à fixer le fond de l’armoire, sans bouger. Puis a refermé doucement les portes de l’armoire. Et est retourné se coucher. Mais le sommeil n’est pas venu. Je pense qu’on peut le comprendre.
PARTIE 2 :
Thomas n’a pas dormi.
Le lendemain matin, la première chose qu’il a faite après avoir prit son petit déjeuner, c’est retourner dans la chambre. Face à l’armoire, le souvenir des coups résonnait encore dans sa mémoire. Il aurait pu croire à un rêve.
Mais il savait que ce n’en était pas un. Il reprend son tournevis. Ouvre l’armoire. Il passe la main contre le fond. Il le sent, à nouveau. Une faiblesse, une ligne presque invisible. Il insère le tournevis. Force.
CRAC
Il l’ouvre à nouveau lentement.
Thomas hésite.
C’est idiot. Ce n’est qu’un accès oublié, peut-être un vieux cellier ou une cave. Mais quelque chose l’empêche d’agir immédiatement. Une part de lui, sourde et instinctive, lui souffle que ce genre de découvertes ne mène jamais à rien de bon.
Mais la curiosité est plus forte. Il l'ouvre.
Il éclaire l’intérieur avec son téléphone. L’écran peine à percer l’obscurité. Un escalier de pierre descend dans le noir. Un escalier qui semble si profond que la lumière ne permet pas d’éclairer jusqu’où il mène. Tout ce qu’il voit, ce sont des marches.
L’air y est plus froid, chargé d’une odeur de terre humide et de pierre ancienne. Il tend l’oreille. Rien. Pas un son. Pas même un écho.
Son instinct lui crie de refermer la trappe et de l’oublier. Mais ce n’est pas comme ça qu’il fonctionne. Il allume la lampe torche de son téléphone, inspire profondément… et descend.

Les marches sont irrégulières, usées par le temps. Elles descendent en ligne droite, sans rambarde, s’enfonçant dans la pénombre.
Au bout d’une dizaine de marches il s’arrête. Il n’en voit pas le bout. Quel genre d’escalier descend si profondément ?
Il éclaire autour de lui. Les murs sont faits de grosses pierres, brutes, jointées par un mortier qui s’effrite sous ses doigts. Il effleure la surface. Humide, froide. C’est peut-être un ancien cellier. Un souterrain creusé avant la maison. Il se force à penser de manière rationnelle.
Il reprend sa descente.
Après une autre dizaine de marches, il s’arrête à nouveau.
Les marches sont différentes. Plus usées, comme si elles avaient vu défiler bien plus de pas que celles du dessus. Un courant d’air glacial passe sur sa nuque.
Il tourne vivement la tête.
Rien.
Poussé par sa curiosité, il descend encore. Les marches semblant de plus en plus usées au fur et mesure qu’il avance.
Il s’arrête net.
Sur une marche, posée là comme si quelqu’un venait de l’y laisser : une clé rouillée. Son souffle se suspend.
Il s’accroupit, la contemple à la lueur de sa lampe. Son métal est corrodé, mais la forme est encore reconnaissable. Une clé ancienne, lourde. Il tend la main pour la prendre… puis s’arrête.
Quelque chose cloche.
La poussière autour de la clé est perturbée. Comme si quelqu’un l’avait posée ici récemment.
Il tourne lentement la tête vers l’escalier qui descend encore plus bas, où la lumière de sa torche ne porte pas.
L’impression désagréable qu’il n’est pas seul s’insinue en lui.
Il cru entendre une respiration très lointaine. Peut-être le vent.
Son cœur bat plus vite.
Il serre la clé dans sa main… et décide de remonter.
Il atteint la trappe, la referme vivement derrière lui et la verrouille d’un coup sec. Il s’adosse contre l’armoire, ferme les yeux. Ce n’était rien. Une cave oubliée, voilà tout.
Mais quand il baisse les yeux, il voit la clé dans sa main. Et il sait déjà où il doit l’essayer. Son regard se tourne vers le plafond.
Le grenier.
PARTIE 3 :
Thomas est assis sur son lit, la clé entre les mains. Il la fait lentement tourner entre ses doigts, l’observe sous la lumière tamisée de la lampe de chevet. Le métal, rongé par la rouille, laisse des taches sombres sur sa peau. Elle semble à la fois ancienne… et étrangement à sa place ici.
Il se lève. Traverse le couloir dans le calme de la nuit, sans allumer la moindre lumière, comme s’il ne voulait pas réveiller quelque chose. Ses pas sont étouffés sur le plancher, le bois craque par endroits. Il s’arrête sous la trappe du grenier.
Depuis son emménagement, il ne l’a jamais ouverte. Il n’en a jamais ressenti le besoin.
Ce soir pourtant, c’est différent. Il prend un tabouret, grimpe dessus et enfonce la clé.
CLIC
Il le savait.
Il tire la corde.
L’échelle descend dans un grincement métallique. Un souffle d’air sec l’effleure, chargé de poussière et d’un parfum presque imperceptible de renfermé. Quelque chose de plus subtil encore : une odeur de vieux bois… et peut-être de papier jauni.
Il monte.
Le grenier est plongé dans une semi-obscurité. Thomas éclaire l’espace de sa lampe torche, révélant des poutres épaisses, des recoins encombrés d’objets oubliés, des caisses fermées par des clous rouillés.
L’air y est plus sec, plus figé.
Rien ne semble avoir été touché depuis longtemps.
Il balaie la pièce du regard.
Son faisceau s’arrête sur une caisse, posée un peu à l’écart des autres. Elle n’est ni la plus grande, ni la plus remarquable, mais sur le couvercle est écrit à la craie « 15/10 ».
La date d’aujourd’hui. Sa gorge se serre. Etrange coïncidence.
Il l’ouvre alors.
À l’intérieur, il découvre des vêtements : un manteau usé, des chaussures fatiguées par les années… tous à sa taille.
Au sommet de la pile, soigneusement plié, repose une chemise. Identique à celle qu’il porte.
Même tissu, même teinte bleue, et surtout : la même tâche de café sur la manche gauche.
Exactement au même endroit.
Il reste figé un moment.
Puis tend la main. Le tissu est rêche, comme s’il avait été porté puis lavé des dizaines de fois. Il le repose. Et c’est là qu’il aperçoit une feuille. Pliée en deux, coincée sous le col de la chemise.
Il la déplie.
“C’est en bas que tu trouveras la vérité.”

Pas de signature.
Juste une phrase, directe, désarmante.
Il referme la boîte, mais son regard est attiré par un autre objet, dans un coin du grenier. Un miroir, adossé au mur, fendu dans un angle. La poussière ternit le verre, mais il distingue tout de même son reflet.
Il se lève et se cogne violemment contre une poutre en se relevant. Le choc le trouble un peu et voit quelque peu flou. Mais curieux, Il s’approche de ce miroir. Son propre visage lui fait face. Fatigué, marqué par l’insomnie. Mais ce n’est pas cela qui le dérange.
Il lève la main. Son reflet le suit…avec un très léger décalage. Presque imperceptible. Mais bien là.
Son cœur tambourine contre sa poitrine. Il n’est plus à l’aise ici. Il descend rapidement et referme la trappe du grenier derrière lui. Il reste un instant dans le couloir, immobile. La note toujours dans la main. Puis il retourne dans sa chambre, ouvre l’armoire, soulève la trappe.
Et descend.
La descente lui semble différente.
Plus longue.
Plus lourde.
Il a cessé de compter les marches.
Le froid est plus mordant que la veille, l’air plus dense.
Il continue.
Le silence est absolu.
Pas même le souffle de sa propre respiration ne semble vouloir s’y inscrire.
Puis, soudain, il aperçoit des marques au sol.
Il baisse la torche : des empreintes de pas. Tracées dans la poussière fine qui recouvre les marches. Elles sont nettes. Récentes. Et elles descendent. Il remarque que la semelle a une forme familière. Presque trop familière. Il suit leur tracé un instant du regard. Et puis il lève les yeux. L’escalier descend encore. Toujours.
Et lorsqu’il se retourne…il ne voit plus la trappe.
Rien que l’obscurité.
Compacte. Englobante.
Il reste figé.
La peur monte. Pas une peur panique… mais plus instinctive.
Il serre la clé dans sa main.
Toutes ces bizarreries qui lui arrivent… Il doit comprendre. Il ne peut pas s’arrêter là.
PARTIE 4 :
Thomas descend encore.
Plus profondément que les fois précédentes.
Les marches semblent se répéter sans fin, toutes semblables, mais étrangement usées, comme si des générations entières les avaient foulées avant lui.
Il ne sait plus depuis combien de temps il descend.
Peut-être des minutes.
Peut-être davantage.
Stressé, il a du mal à respirer correctement.
Le froid s’est intensifié.
Sa lampe éclaire à peine plus loin que ses pieds.
La lumière se rétrécit à mesure qu’il progresse, comme si elle était absorbée par l’obscurité elle-même
Et puis… il s’arrête.
Devant lui, l’escalier semble toucher à sa fin. Enfin.
La dernière marche, usée, creusée au centre, est plus large que les autres.
Elle donne sur un espace indistinct, une sorte de palier ou d’ouverture plus vaste, mais il n’en est pas sûr car la lumière n’atteint pas complètement cette zone.
Thomas avance d’un pas.
Son regard est attiré vers le sol.
Il y a quelque chose, gravé dans la pierre.
Presque effacé par le temps.
Il s’agenouille. Éclaire la surface.
C’est un symbole.
Un cercle fendu par un escalier stylisé. Deux silhouettes, minuscules, gravées de part et d’autre. L’une descend, l’autre monte.
Thomas fronce les sourcils.
Il passe les doigts sur la gravure.
La pierre est glacée.
Il relève la tête.
Et là, dans la pénombre…
Quelque chose bouge.
Juste devant lui.
Une silhouette se tient dans l’obscurité.
À peine visible.
Elle semble debout. Immobile.

Humaine, peut-être.
Mais il ne parvient pas à distinguer son visage.
Il lève lentement sa lampe.
Le faisceau tremble.
La silhouette aussi.
La silhouette se tient debout, à la lisière du faisceau de sa lampe, là où la lumière s’épuise dans l’obscurité.
Elle ne dit rien. Ne fait aucun bruit.
Mais Thomas sent immédiatement que quelque chose ne va pas.
Le simple fait de l’apercevoir suffit à figer l’air autour de lui. Que fait cette chose ici ? Comment est-elle arrivé là ? Depuis combien de temps y est-elle ? Trop de questions se bousculent dans sa tête…
L’ombre semble humaine, mais sa posture, qu’il distingue à peine, est étrange.
Son dos est légèrement voûté, comme si elle se tenait prête à bondir.
Ses bras sont écartés du corps, pas comme on se tient debout, mais comme une bête en équilibre, tendue sur ses appuis.
Il ne distingue pas son visage.
Rien ne bouge.
Mais cette immobilité même est trop intense, trop concentrée pour être naturelle.
C’est une présence.
Et elle le regarde. Il le sent, dans chaque nerf de son corps.
Thomas reste figé.
Son cœur cogne plus vite dans sa poitrine.
Il resserre sa prise sur la lampe, qui vacille légèrement sous le tremblement de sa main.
Et soudain, dans l’épaisseur du silence…
il perçoit un bruit.
D’abord imperceptible.
Un léger raclement, un souffle rauque… comme si quelque chose venait de s’animer.
Puis un mouvement.
Lent.
Dérangeant.
La silhouette avance d’un pas.
Pas brusquement.
Mais avec une lenteur contrôlée, comme si elle testait la distance, ou qu’elle savourait sa propre menace. C’est ce pas-là, ce simple décalage, qui fait tout basculer.
Un vertige s’empare de Thomas.
Il sent la panique monter comme une marée glacée le long de son dos.
Sans réfléchir, il se retourne et s’élance dans les marches.
Il les remonte le plus vite possible.
La lampe cogne contre les murs.
Sa respiration s’emballe, irrégulière, aspirée dans la panique.
L’escalier lui semble plus long.
Plus étroit.
Comme si chaque marche freinait ses mouvements.
Comme si le couloir lui-même tentait de le retenir.
Il grimpe, les jambes tendues par l’effort, la gorge brûlante, la lampe instable dans sa main.
Derrière lui, il entend des pas. Peu importe ce que c’est. Ça le suit..
Mais il n’ose pas se retourner.
Une peur viscérale l’en empêche.
Alors il Il continue de monter, plus vite encore.
Il court.
Encore.
Et encore.
Le sommet n’arrive pas.
La lumière semble se retirer.
Puis enfin, un panneau de bois au-dessus de lui : la trappe.
Il accélère une dernière fois, tend la main, l’ouvre dans un geste désespéré, se hisse hors de l’armoire et referme brutalement derrière lui.
Il reste au sol, le souffle court, la tête penchée, le cœur cognant dans sa poitrine.
Et lorsqu’il relève enfin les yeux… il comprend immédiatement que ce n’est plus exactement la même chambre.
PARTIE 5 :
Thomas reste un moment immobile, assis au sol, la main crispée sur la poignée de la trappe.
La pièce est plongée dans une obscurité étrange.
Comme si la lumière, en son absence, avait perdu un peu de sa chaleur.
Il se relève lentement, s’aidant du mur.
Son regard balaie la chambre.
Tout est à sa place.
Et pourtant… quelque chose a changé.
Son lit est défait. Le drap porte un pli différent.
Sa veste, qu’il avait laissée sur la chaise, repose maintenant sur le rebord de la fenêtre, comme si quelqu’un l’avait déplacée sans y prêter attention.
Sur le bureau, sa tasse de café est encore là. Mais elle est vide.
Et une fine couche de poussière s’est déposée sur la soucoupe.
Il fronce les sourcils.
Il l’avait laissée à moitié pleine… quelques minutes plus tôt.
Il s’approche lentement. Effleure le bois du bureau.
Ses doigts laissent une trace nette sur la poussière.
Il se redresse.
Regarde autour de lui.
L’air semble figé, comme si la pièce avait vieilli sans lui.
Un frisson le parcourt.
Il sort dans le couloir.
Le miroir au mur renvoie son reflet.
Mais là encore… quelque chose le trouble.
Ses traits semblent plus tirés.
Sa barbe… un peu plus longue et grisonnante qu’il ne s’en souvenait.
Il passe la main sur sa joue.
Le contact est rugueux. Irrité.
Il vérifie sa montre.
Les aiguilles ont avancé.
Mais sans logique.
La trotteuse saute, ralentit, repart.
Elle indique 0h12.
Il regarde l’horloge murale dans le salon.
0h00.
Il descend les escaliers.
Tire le rideau.
Regarde dehors.
La nuit est toujours là, paisible en apparence.
Mais le jardin ne l’est plus.
L’herbe, qu’il avait tondue deux jours auparavant, semble et à hauteur d’épaule.
La cabane en bois, au fond du terrain, est partiellement couverte de lierre.
Et sa voiture…
Elle n’est plus là.

La mousse recouvre la pierre. Le sol est intact.
Il referme lentement le rideau.
Remonte vers sa chambre.
Quelque chose, posé sur la table de chevet l’arrête net.
Le journal.
Plié soigneusement en deux, posé là où il n’y avait rien avant sa descente.
Il s’approche.
Le papier est jauni. Le pli est net.
L’encre un peu effacée, comme un document vieux de plusieurs années.
Il l’ouvre. Et son souffle se bloque.
“Disparition inquiétante : un homme introuvable après avoir emménagé dans une maison isolée.”
En dessous, une photo.
La sienne.
Mais il ne se souvient pas de ce cliché.
Il descend les yeux.
La date.
16 octobre.
C’est impossible, c’est la date de demain.
Il ferme les paupières, inspire profondément.
Mais la nausée monte malgré tout.
Puis entend un bruit.
Un grincement discret.
Presque rien.
Mais suffisant pour le figer sur place.
Il tend l’oreille.
Un pas.
Puis un autre.
Il se tourne lentement vers le couloir.
Quelqu’un est là, en haut de l’escalier.
Debout dans l’ombre.
Immobile.
PARTIE 6 :
Thomas ne bouge plus.
Il reste planté dans le couloir, les yeux rivés sur l’encadrement de la porte.
Quelqu’un s’y tient.
Pas totalement dans la lumière. Pas totalement dans l’ombre.
L’immobilité de la silhouette est totale.
Elle n’avance pas.
Mais elle est là.
Voûtée. Son souffle court.
Thomas recule légèrement, un pas à peine perceptible, comme s’il craignait de briser un équilibre fragile.
La silhouette, elle, reste figée.
Mais il sent qu’elle l’observe.
Pas comme on regarde un inconnu.
Comme on reconnaît quelque chose.
Il recule encore.
Les battements de son cœur résonnent dans ses tempes.
Il cherche des yeux une issue.
Le grenier ? L’escalier ? Trop risqué.
Il pivote vers la fenêtre.
Le souffle court.
Attrape une chaise.
La lance contre la vitre.
Sans réfléchir, il enjambe le rebord.
L’extérieur. C’est tout ce qu’il veut.
Dehors. Loin de cette maudite maison.
Alors qu’il s’apprête à sauter, Il entend quelque chose :
...
...
« Thomas ? »
Il n’a dit à personne qu’il habitait ici.
Personne ne sait qu’il est là.
Alors comment ?…
Sur le mur, juste à côté de la fenêtre qu’il vient de briser…un miroir.
Fendu et sale.
Et dans ce miroir…
Quelqu’un. Juste derrière lui. Un visage qu’il connaît mieux que personne.
Il n’a pas besoin de se retourner.
Il sait.
L’Homme s’approche encore.
Un souffle glisse contre sa nuque.
Lent. Chaud. Humain.
C’est beaucoup trop pour un seul homme, son cœur bat si fort qu’il a l’impression qu’il va sortir de sa poitrine.
C’est alors qu’avec une voix étrangement identique à la sienne, mais plus rauque, Presque usée, l’homme lui dit à l’oreille :

« C’était le seul moyen…»
Puis la voix reprend.
Plus bas. Plus calme.
« Tu n’as qu’à tout recommencer. »
Il voit l’homme faire demi-tour dans le miroir, s’insérer dans la trappe, puis la refermer.
PARTIE 7 :
Quand ce fut terminé, il était sorti. Lentement. Comme si chaque pas était une fracture dans le temps.
Chacun de ses pas lui semblait plus compliqué. Plus il avançait, plus il se sentait fatigué.
Il s'était éloigné de la maison, jusqu'à ce vieux muret. Celui qu'on ne voit plus, tant il fait partie du paysage.
Il s'était assis. Et il avait regardé la maison sans dire un seul mot. Longtemps. Peut-être plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu. Pensif. Torturé.
Il n'était plus que l'ombre de lui-même.
L'aube se leva.
Et quand la jeune femme lui posa sa question... Il avait enfin parlé.

Thomas :
«Et voici donc l'histoire de cette maudite maison.
Et cette triste histoire... c'était la mienne.»
…
…
Jeune femme:
« Mais qu’avez-vous vu dans ce miroir ? »
Thomas :
«Moi.»
ÉPILOGUE :
Thomas :
« Je ne sais pas quand est-ce que j'ai compris.
Peut-être après une année. Ou dix.
Mais à un moment, c'est devenu évident.
Pour sortir, il fallait que l'autre entre.
Que nos deux âmes se croisent.
Au bon endroit.
Au bon moment.
Là, en bas.
La rune ce n'était qu'un mécanisme.
Elle ne s'activait qu'en présence de deux versions d'un même être.
Alors j'ai attendu.
15 ans et 10 mois à compter les jours.
à fixer le plafond et à écouter ce silence infini.
Et le 15 octobre, la trappe est apparue.
Alors j'ai su.»
Il avait eu le temps de préparer.
Dans le grenier, il avait plié des vêtements.
Glissé une feuille.
Réorganisé les objets avec soin.
Comme s’il reconstituait les souvenirs d’une vie qui n’était plus la sienne.
“C’est en bas que tu trouveras la vérité.” avait-il écrit sur une feuille qu'il avait prit soin de replié en deux sur son petit tas d'affaires personnel.
La clé, il l’avait conservée toutes ces années.
Comme un talisman.
Ou une dette.
Alors il l’a déposée, délicatement, sur une marche.
Comme on referme un cercle.
Avant cela, il était monté.
Derrière la trappe, il s’était arrêté.
Et du poing,
il avait frappé trois fois.
Toc.
Toc.
Toc.
Puis il était redescendu, et s’était enfoncé dans la pénombre.
Thomas :
« Je n'avais qu'à l'attirer en bas et lui faire assez peur pour qu'il remonte en premier.
Il est descendu.
Et je l'ai regardé comme on regarde un fantôme.
Il me ressemblait... tellement.
Je n'ai eu qu'à faire un pas. Un seul.
Il a eu peur.
Et il est remonté.
Et la faille s'est ouverte.
Je ne l'ai pas suivi tout de suite. J'ai laissé passer quelques secondes.
Comme un dernier adieu.
Puis j'ai refermé la trappe.
Ce n'était pas très noble. Pas très juste.
Mais j'étais si fatigué.
Je voulais juste... Retrouver mon chez moi.
Qu'importe le prix. »
Ce n’était pas si grave… Après tout ce temps, il avait bien le droit.
Thomas :
« De toute façon... Il n'aura qu’à tout recommencer. »




Je n’ai pas trop bien compris l’histoire mais je l’ai bien aimé quand même.😀